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Affiner la connaissance du parc privé
En tant que cheffe de file des politiques nationales de l’habitat privé, l’Anah a pour mission de financer des projets partout sur les territoires mais aussi d’éclairer les acteurs sur les réalités du parc privé. Si l’Agence intervient historiquement en secteurs programmés, notamment dans les centres-bourg et sur les copropriétés dégradées, le pavillonnaire est un champ moins outillé. « Aujourd’hui, il n’existe pas de dispositif national pour intervenir de manière ciblée sur le pavillonnaire. Sur ce tissu urbain spécifique, notre intervention dépend de la volonté des propriétaires, notamment via MaPrimeRénov’, MaPrimeAdapt’ ou encore Ma Prime Logement Décent » souligne Quentin Demmer, chargé de mission au service Observation études et évaluation à l’Anah. C’est pourquoi l’Agence a entrepris de développer un nouvel indicateur dédié au pavillonnaire fragile.
Pré-repérer les difficultés à une échelle fine
Pour cela, l’Anah s’est appuyée sur le PPOM (Parc privé à occupation modeste), son outil de pré-repérage de l’habitat indigne mis à disposition en libre accès sur data.gouv. Celui-ci s’appuie sur les données carroyées Filosofi de l’Insee, disponibles à une échelle très fine ; des carreaux de 200 m par 200 m couvrant tout le territoire, avec une faible secrétisation. Cette base permet d’identifier des concentrations de ménages sous le seuil de pauvreté et donc ceux qui, dans le parc privé, ne pourront pas améliorer leur logement sans aide publique. Elle couvre toute la France métropolitaine ainsi que la Martinique et la Réunion, avec des taux de pauvreté différenciés.
« Mais le PPOM ne fait pas la distinction entre le collectif et l’individuel. Nous avons donc développé le PF, qui permet un focus sur le parc pavillonnaire », explique Quentin Demmer. Le nouvel indicateur cible ainsi les carreaux où la majorité des logements sont individuels. Deux seuils de concentration sont possibles ; 80% ou 60% de logements individuels, dont la pertinence dépendra de la densité du territoire. « C’est une manière de ne pas exclure certaines zones pavillonnaires imbriquées avec de petits collectifs, comme on en trouve notamment en proche banlieue parisienne » explique le chargé de mission.
Des outils d’aide à la décision accessibles à tous
Sur data.gouv, les données sont mises à disposition à travers plusieurs fichiers. Il est possible de visualiser et de travailler sur chaque carreau identifié, mais également de disposer de données agrégées à différentes échelles (communes, EPCI, départements, régions) et croisées avec d’autres indicateurs. Facile d’accès et libre d’utilisation, le PF a été consolidé avec différents partenaires et les premiers retours des collectivités sont positifs. « Nous sommes au début de la diffusion de cet indicateur et nous invitons les collectivités, les agences d’urbanisme et tous les autres acteurs sur les territoires à se l’approprier et à l’enrichir, afin de nourrir leurs réflexions et d’orienter leurs interventions » poursuit Quentin Demmer.
Pour une exploitation facilitée, l’Anah met également à disposition son Mémento de l’habitat privé, qui propose des récits cartographiques permettant habituellement de descendre jusqu’à l’échelle communale. La dernière publication intègre des analyses sur le pavillonnaire, issues de ce nouvel indicateur qui est valorisé de la région au carreau Insee.
Celui-ci permet d’estimer à 120 000 le nombre de ménages occupant un pavillonnaire fragile en France Métropolitaine, et jusqu’à 172 000 en retenant le seuil de 60% de maisons individuelles au sein du carreau. Derrière ces chiffres, on peut supposer retrouver des ménages qui se sont endettés pour acheter leur maison et qui sont aujourd’hui confrontés à la double peine des coûts de l’énergie, en occupant des logements peu performants et en dépendant fortement de la voiture. « Il existe des poches de pauvreté dans le pavillonnaire et nous souhaitons que les collectivités locales et les services déconcentrés de l’État se saisissent de ces outils, pour que ces tissus fassent parties de leurs réflexions et de leurs futures interventions au service de l’amélioration de l’habitat privé » conclut Quentin Demmer.